Comme le soufflé retombe… un putain d’avenir.

L’élan donné par les primaires socialistes, poussant l’envie de français d’appartenir à une société citoyenne, est rare. J’ai fait longtemps parti des sceptiques, mais j’ai changé d’avis. Les socialistes n’y sont pour rien en ce qui concerne le regard qu’on a sur la politique, leur but premier était d’occuper l’espace médiatique et de ne pas se déchirer en ayant plusieurs têtes aux présidentielles. L’exercice a plutôt été bien fait, connait un succès populaire sans précédent ( il est vrai que ce sont les vraies premières primaires en France) et rend les gens optimistes et entreprenants. Un peu comme les senteurs du printemps qui suivent l’hiver rigoureux nous chatouillent les narines, la rose socialiste nous émoustille et nous donnerait presque l’envie de se laisser aller à l’enthousiasme. Gardons-nous pour l’instant de ce dernier, restons zen. Pas d’emballement, la concentration est de mise !

L’exercice est sans enjeu particulier, si ce n’est de déterminer un champion pour affronter Sarkozy. Cet enjeu est une sorte de jeu où six personnes sont intimes, un peu comme des frères et des soeurs, une sorte de télé-réalité qui voit disparaître les loosers, pleurer la déçue, triompher l’antépénultième, se déchirer en souriant l’aîné et la cadette… Et pendant ce temps-là, nous, français blasés abstentionnistes, nous mettons à croire à un acte salvateur, à la personne providentielle. Non, il ne faut pas en rire. Ni le Front National, ni le Front de Gauche ne nous ont autant fait rêver ces dernières années. Ni les Utopies de Brice Lalonde ou les colères de Georges Marchais nous ont offert un tel buzz ! Quelle trouvaille, chapeau mesdames et messieurs du PS. Et nous de savoir maintenant qu’après la Vème république, nous pourrions avoir la VIème, que d’ajouter la démondialisation et la tutelle des banques dans son programme est le préalable au report de voix d’Arnaud Montebourg.

Je suis partagé entre une participation inconditionnelle à ce souffle d’espoir et un hochement de tête désapprobateur. J’ai peur de voir mon joli ballon rose se dégonfler et retomber tout flasque dès le 17 octobre. La promesse d’une campagne fédératrice, d’un plaisir partagé, a un goût de réchauffé, de déjà connu. L’amertume de voir l’emprise médiatique sur des sujets attractifs cacher les points essentiels arrivera plus vite qu’on ne le pense. Nos candidats ne peuvent pas être originaux au risque de perdre toute crédibilité dans notre esprit d’enfant. À cinq ans, cet enfant se plait à croire les histoires merveilleuses qui lui embellissent la vie. Passé dix-huit ans, aucun d’entre nous n’a envie d’entendre qu’il faudrait parler de décroissance, de consommation raisonnable, raisonnée même, d’agriculture biologique et de médecine respectueuse de ses malades. Moi le premier je veux qu’on me dise que la croissance en 2012 sera de 2% minimum, que la reprise économique sera au rendez-vous et que le pouvoir d’achat des ménages augmentera au point de penser à nous acheter un nouveau téléviseur avec une plus grande diagonale d’écran et un contraste époustouflant.

Arrivé à ce stade de l’article, on se demande si on peut écrire de manière optimiste sur la politique. On peut analyser, sonder et pronostiquer, comparer ou vilipender… Et les idées de Paul ne sont pas mieux que celles de Pierre parce qu’au fond ce sont les mêmes, avec un enrobage différent, des explications plus ou moins habiles. Et comme Orphée, il nous est interdit de nous retourner pour revoir la France aimée, pour l’apercevoir une dernière fois rayonnante dans le soleil du petit matin. Il nous faut nous résoudre à avancer comme on nous dit de le faire, vers un destin de pollution, d’intolérance, de conflit et de pénurie, de faim et de soif en faisant semblant de croire que cela n’arrive qu’aux autres, et que notre pays sera épargné par tel ou tel programme révolutionnaire.

Je sais que demain je croirai à nouveau en quelque chose, nous sommes conditionnés à l’optimisme consommateur, mais aujourd’hui j’ai le blues, et je sais que c’est dans cette inquiétude que se dessine le vrai : un putain d’avenir.

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Philippe Szykulla