Expulsion de Leonarda, collégienne : et si Manuel Valls en sortait indemne ?

Manuel Valls se retrouve, en apparence, devant la scène médiatique malgré lui, avec une grosse épine dans le pied. Or, il n’est pas interdit de penser qu’il pourra, en restant patient quelques jours, tirer les marrons du feu, tant les médias et l’opinion se sont emballés très vite sans posséder tous les éléments de l’affaire. Des contrevérités apparaissent ici et là : le père aurait menti, Leonarda peut aller à l’école au Kosovo contrairement à ce qu’elle déclare. Il est vrai que la forme de cette expulsion est condamnable, que la détresse de la jeune fille est réelle. Mais, plus que jamais, on peut s’interroger sur la place que prend la presse dans l’explosion au grand jour de situations compliquées par cette surexposition.

Une jeune collégienne, Leonarda, a fait l’objet, avec sa famille, d’une procédure d’expulsion. Au-delà de l’émoi provoqué par la nouvelle, quels enseignements pourrons-nous en tirer dans quelques jours ? Il est indéniable que la presse s’est empressée, comme souvent, de relayer ce fait et de donner la parole aux acteurs politiques et sociaux dans la précipitation qui la caractérise. Manuel Valls, mis à l’index par la gauche et les bien-pensants de France attend. Quelques éléments jouent pour lui.

La légitimité de l’action

En dehors de l’aspect humain, au travers duquel on ne peut que condamner la maladresse de procédure, celle-ci est inscrite dans un protocole qui a respecté toutes les étapes. La famille a échoué dans ses demandes, hélas, ce qui fait d’elle une famille indésirable sur le sol français. À ce titre, les autorités ont appliqué le droit. Manuel Valls, le soufflé retombé, pourra calmement expliquer que rien n’empêchait ces étrangers de rester pour peu qu’ils aient été conformes aux textes les concernant. Rien n’empêche, même, que le Ministre de l’Intérieur demande de nouvelles garanties pour examiner, à posteriori leur situation et leur proposer une solution, s’il s’avère que les parents n’ont pas travesti la vérité.

La droite muselée

Que peut dire la droite, à part de clamer que Valls fait du sous Sarkozy. Ce qui était appliqué au nom d’une idéologie, de 2007 à 2012, correspond à une volonté nouvelle de fermeté et de bon sens. Quant au Front National, outre que de s’approprier une nouvelle fois que cette idée vient de lui, ne pourra plus taxer le gouvernement actuel de laxisme. Manuel Vall a dégainé cette semaine, une arme qui contre le succès à Brignolles du FN.

L’inconstance de ses collègues

En se prêtant à une cacophonie digne d’un poulailler, les ministres et dirigeants de gauche qui se sont précipités dans la critique aveugle de Manuel Valls et risquent l’affaiblissement, une fois le retour au calme, avec un Ministre de l’Intérieur qui surfe sur les sondages de popularité.  En beuglant, peut être à raison, qui sait, ils viennent de mettre les lycéens dans la rue, ont provoqué quelques grèves spontanées dans des établissements scolaires.

La décrédibilisation des médias

Manuel Valls, qui ne joue pas avec les médias, les attirant seulement par son action constante et déterminée, ne joue pas le jeu du vedettariat et pourra ainsi montrer qu’il peut se passer du buzz pour apparaître comme l’homme fort du gouvernement. Il est vrai qu’il avait taclé Taubira sur son dernier projet, appelant l’arbitrage du président de la République, mais on peut avoir le sentiment qu’il l’avait fait plus par conviction de l’ordre que par désir d’attirer la couverture à lui.

Son leadership d’opinion au sein de gouvernement

François Hollande peut difficilement se séparer ou remettre sur le droit chemin un homme qui retient encore de la crédibilité pour sa politique grâce aux sondages favorables à Valls. Cela fait peut être même partie d’une stratégie, pensée en comité restreint pour marcher sur les plate-bandes des adversaires politiques aux municipales et aux européennes prochaines.

Nous venons peut être de voir arriver une nouvelle forme de dérapage éclair, celui de l’opinion publique. Il est certain que la situation des personnes sans papiers est préoccupante et demande autre chose que des expulsions manu militari, mais en attendant que la société se saisisse de manière sociale et empathique du problème, il existe des règles qu’il faut appliquer, au risque de voir se ramollir l’autorité française, déjà écornée par un président de la République manquent de charisme. Manuel Valls a cette aura de l’homme politique inflexible qui va jusqu’au bout de ses convictions et du devoir qu’il croit être le sien. Ce n’est pas Peillon, le premier à avoir critiqué, qui pourra lui donner une leçon d’engagement, lui qui est déjà en campagne pour les européennes alors qu’il n’est pas encore entré dans le vif du sujet de la Refondation de l’École.