Le mineur chinois, exemple type de l’esclavage au travail

L’actualité chinoise défraye à nouveau la chronique de manière dramatique. 29 chinois viennent d’être victime d’un coup de grisou au fond d’une mine de charbon. Cette explosion d’un gaz indétectable au nez, puisqu’inodore, forme une onde de pression élevée, dégageant des gaz brûlés, enflammant les poussières dégagées par le souffle et causant souvent l’effondrement de galeries. Un des premiers accidents connus remonte à 1514, et fait près de 100 morts en Belgique. La liste, à partir de cette date, est longue, certaines des catastrophes feront plus de mille morts, comme à Courrière en 1906. Le problème, en Chine, est dans cette continuité fatale mais relève d’un mépris des conditions de sécurité impardonnables. Ce qu’on ne savait pas, il y a un siècle, ou qu’on maîtrisait mal, est maintenant parfaitement connu et ne supporte pas de sacrifier des milliers de victimes chaque année (on parle de 6 000 en 2004, et les autorités chinois annoncent un comptage officiel pour 2010 de 2 433 tués dans des accidents dus à l’extraction de la houille, chiffre à majorer sans nul doute pour arriver à un total plus près de la vérité).

Un système mal contrôlé

En Chine, il y a les mines d’État et celles, privées, qui sont tenues par une sorte de consortium mafieux dont la seule issue est un profit colossal. Par ailleurs, l’énorme demande de charbon, qui fournit plus des deux tiers de l’électricité de la Chine, entrave les progrès visant à améliorer les standards de sécurité, quelque soit le système d’exploitation, étatisé ou privé.

Vous avez dit sécurité ?

La sécurité est à un tel point bafoué que les dirigeant, sommés par les autorités de descendre sous terre pour « vérifier » les conditions d’exercice du métier, on détourné la loi en désignant, parmi les mineurs en exercice, des associés qui les suppléent ! Il faut avouer que je ne ferais pas le voyage de manière spontanée, même si on me le proposait à titre de curiosité : c’est là une expérience qui revêt un jour particulièrement angoissant. Ma famille d’immigrants polonais a payé un lourd tribu à cette quête du cailloux noir, en blessant grièvement les uns et faisant mourir les autres de silicose à petit feu.

Dans l’Empire du Milieu, les consignes de sécurité n’existent pas, ou, font place, si on peut y faire référence, à un système de corruption qui occulte la préoccupation de l’exercice correct du métier. Il faut avant tout avoir des procédés d’accumulation des gaz explosifs en nombre suffisant, prendre le temps d’étayer les galeries, ce qui n’est pas fait pour sacrifier à la productivité.

Travail ou bagne ?

Les conditions de travail sont inimaginables : les ouvriers peuvent travailler de 10 à 12 heures par jour, six et parfois sept jours par semaine. Chaque mois, ils effectuent entre 80 et 200 heures supplémentaires quand la loi en autorise 36. Les exploitants chinois profitent de la population des migrants ruraux, naïfs et soumis au dictat de la survie, déconnectés de leur réalité et soumis de fait à un impératif de gain à tout prix, fut-il faible. Parce que les salaires, chacun le sait, sont dérisoires !

Faire la morale aux chinois ?

Comment dire notre indignation aux autorités chinoises qui ne maîtrisent pas ce qui se pratique dans leurs provinces et qui pourraient ironiquement nous retourner le passé meurtrier de notre exploitation minière occidentale ? De plus, lorsqu’on porte sa préférence sur un produit Made in China, on privilégie le coût en s’asseyant sur notre conscience. Le porte-monnaie est rarement source de comportement moral exemplaire.

Les mineurs, qui fournissent l’énergie permettant de fabriquer « notre consommation », sont la partie immergée de l’Iceberg, celle qu’on ne veut pas voir. Il sont les esclaves, non seulement du fonctionnement non démocratique de la Chine, mais de nos habitudes économiques. Et l’Europe, en faisant dernièrement le cadeau de quémander de l’aide à cette Chine de plus en plus souveraine sur le terrain de la mondialisation, donne tous les gages nécessaires à la pérennisation d’un modèle non respectueux des valeurs fondamentales.

Il ne nous reste plus qu’à espérer, tout autant pour les chinois que pour nous, que les travailleurs réussiront à s’organiser et à changer leur environnement salarial. La dignité ne sera acquise qu’au prix d’un sang ajouté à celui qui coule déjà sur les lieux de travail, le sang des révolutions.

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Philippe Szykulla