Les tisanes d’Anaïs : une réconciliation avec la nature au naturel…

Le coup de cœur, le vrai, celui qui vient du fond du palpitant, existe-t-il ? Il ne s’agit pas de se cantonner à un plaisir facile, une émotion immédiate, à un enthousiasme lyrique. Non, nous sommes plutôt en présence d’une sorte de bien-être, un déclic, peut-être celui qu’on attendait depuis longtemps, même s’il n’aura aucun effet sur votre vie future.

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Anaïs Kerhoas, une rébellion par les plantes

Cette petite merveille, c’est Anaïs, Anaïs Kerhoas. Ou plutôt ce qu’elle fait, ce qu’elle entreprend, ce qu’elle espère réussir et surtout ce qu’elle ressent et transmet. Tout en simplicité savante, en extase terre à terre, la passion se décline. Passé sur France 4 lundi 22 en soirée, un reportage de la chaîne bretonne TV Rennes à qui je donnerais tous les prix du monde, pas tant qu’il soit bien monté (je n’y connais rien), qu’il ait un scénario original (plus évident, tu meurs), que l’actrice principale soit bankable… non, une seule alchimie pour aller à la rencontre d’un petit bout de femme qui déplace des montagnes dans les plaines de Bretagne, qui dompte les plantes aromatiques sous les pluies d’ouest, qui donne vie à la vie, don de la terre avec qui elle s’entend, avec qui elle communie.

Un combat incessant contre la modernité insolente et contre les codes établis de l’agriculture font de cette guerrière cultivatrice un archange des divins arômes. Au fil des images du reportage, que je vous recommande sans hésitation, on s’attache, on déguste (dans tous les sens du terme), on partage les péripéties du quotidien ordinaire d’Anaïs pour en arriver à la constatation que nous nous éloignons du vrai de manière inexorable.

Du bon goût et des odeurs

Elle est jolie, Anaïs, elle est gracile, femme-enfant qui construit des monstres de glaise de ses mains frêles. Et les feuilles, et les fleurs séchées avec soin, sont ses trésors, ceux des rois mages d’antan qui servait d’offrande. Quel plus beau cadeau que cette délicate expression de la vie agricole, ce puissant fumet qu’on devine.

Sur le site, tout juste sorti de terre, on se promène entre les simples et les tisanes et on s’arrête devant les mélanges qui font toute l’originalité et la richesse d’Anaïs. Je vous livre quelques-uns d’entre eux qui comme elle le dit, peuvent autant plaire que déplaire. Mais comme le souligne Olivier Roelinger, le goût du plus grand nombre n’est pas toujours le meilleur, et je suis terriblement tenté de faire partie de la minorité adoratrice.

Anaïs, cultiver les arômes, c’est aussi créer

Anaïs nous offre des mélanges pour le goût qui s’appellent L’Amoureuse (Citronnelle, guimauve, Basilic-cannelle, betterave, rose) ou Je t’aime, moi non plus… (Sureau, marjolaine, reine-des-prés, thym-citron, souci.) ou alors La Voluptueuse et la Sauvage.

Lorsqu’il faut aussi s’occuper, en plus de l’âme du corps, le soin passe par L’Espiègle (Sureau, frêne, reine-des-prés, prêle, ortie) ou L’Epurée (Menthe-verte, hysope, frêne, serpolet, guimauve, souci).

Lorsqu’il n’y en a plus, il faut attendre la récolte suivante, patiemment, en se calant sur le rythme des saisons et d’Anaïs ; entre frustration et contentement de vivre quelques instants en harmonie avec les cycles de production, j’ai hâte d’acheter mon premier filtre, mes premières feuilles et fleurs envoûtantes. Mais avant, même s’il ne me faut pas attendre trop longtemps, je veux encore croire un instant au rêve que je viens de faire éveillé. Nul doute qu’Aude Baron saura épicer son blog en invitant des restaurants à faire confiance à Anaïs !

À contre courant du monde fou, fou, fou

La mode attrapera la douce dans ses filets, cela a commencé. La renommée, sans doute relative, rejoindra les soirs ou il faudra s’arrêter un instant pour faire le point. Mais la philosophie est bien ancrée, elle habite la moelle d’Anaïs et la préservera sans doute de la folie du succès. Les seuls marchés qu’on peut lui souhaiter sont ceux de Pontorson, Saint-Malo, Rennes, Saint-Pern, Fougères qu’elle fréquente pour vendre ses plantes, et que ceux ou sévissent le CAC 40 restent bien loin de sa sagesse.

Anaïs est en train de nous prouver qu’elle pourra sans doute être heureuse de son négoce, qu’elle en vivra sûrement coquettement un jour, mais que la taille humaine restera la seule mesure de son expansion.

Le bio, l’équitable ont dépassé leur temps de mode embourgeoisé. On peut se douter qu’il faut mettre des moyens pécuniaires à la hauteur de l’effort fourni, que le produit ne sera pas à la portée de toutes les bourses. On peut aussi se dire qu’une pincée de Voluptueuse ne coûtera pas plus cher à son porte-monnaie qu’un trentième de forfait téléphonique. À chacun de faire ses choix de vie, et de qualité d’existence. Pour moi c’est fait depuis fort longtemps et c’est pourquoi j’accueille l’énergie positive d’Anaïs avec autant de délice. À suivre… avec un peu d’eau chaude !

  • Qu’il est beau le nouveau site !!!