Mariage pour tous : Vincent Peillon fait bien de recadrer l’enseignement catholique

Le secrétaire général de l’enseignement catholique a proposé aux école de l’enseignement catholique de se saisir du mariage pour tous pour débattre. Le ministre, Vincent Peillon a informé les recteurs d’académie qu’ils devaient faire preuve de la « plus grande vigilance » sur la tenue de tels discussions au sein de l’école. En rappelant la mission de droit public pour toutes les écoles sous contrat, Vincent Peillon a eu raison de recadrer la situation.

En appelant avec force les recteurs d’académie « à la plus grande vigilance à l’égard des conditions du débat légitime qui entoure le mariage pour tous », ajoutant qu’il fallait être d’autant plus attentif dans les établissements privés sous contrat, Vincent Peillon vient de faire preuve d’une autorité que l’école attendait depuis longtemps.

Il faut dire qu’Éric de Labarre, secrétaire de l’Enseignement catholique, lui a tendu une perche royale en déclarant dans sa lettre aux chefs d’établissements catholiques que chaque école, collège ou lycée devait prendre « les initiatives qui lui paraissent localement les plus adaptées pour permettre à chacun l’exercice d’une liberté éclairée à l’égard des choix aujourd’hui envisagés par les pouvoirs publics ».

Public/privé : une guerre à éviter

Tout en assurant ne pas vouloir réveiller la guerre entre les écoles privées et publiques, le ministre de l’Éducation s’engouffre néanmoins dans une position qui lui permet de conforter ses convictions laïques.

Auteur d’un essai en 2010 sur Ferdinand Buisson, intitulé « Une religion pour la République. La foi laïque de Ferdinand Buisson », Vincent Peillon revendique son héritage des Hussards noirs de la IIIe République. L’occasion est aujourd’hui belle de pouvoir asseoir sur l’école le souffle laïc.

L’affrontement, assurément non souhaité par les deux partis, reste malgré tout possible. S’il survient, alors que les « généraux » vont jouer de leurs couplets divergents, c’est la base qui vivra la réalité du terrain. Il est toujours dangereux pour un chef de file de manquer de retenue et de ne pas envisager les conséquences de ses paroles, aussi pesées soient-elles.

Et pourtant, dans le débat de société sur le « mariage pour tous », il n’est question ni de renforcement de la laïcité ni de faire la peau à une pratique religieuse. Il s’agit très simplement de donner à une minorité la possibilité de vivre le couple de manière officielle et reconnue.

L’école ne doit pas être instrumentalisée

Nous sommes en présence d’un acte civil qui n’engage les convictions ni des uns ni des autres mais fait un pas vers des êtres qui veulent choisir de vivre un amour citoyen. Pourquoi avoir tant attendu depuis 1789 pour se rendre compte qu’il y avait une grandeur d’âme supérieure dans le chemin que pouvait prendre une République vers plus d’égalité et de justice ?

Comme dans tout différend, il est besoin de trouver une pierre d’achoppement. L’école semble avoir été choisie pour les symboliques qu’elle véhicule. Ces symboles sont nombreux mais, surtout, ils ne sont pas totalement identiques dans les enseignements publics et confessionnels.

C’est ici que la cristallisation peut opérer en toute quiétude – si quiétude il demeurera ! – entre les images d’Épinal qui nimbent la laïcité et le religieux. D’un côté, la liberté guidant le peuple et de l’autre le Christ mort sur la croix.

Les grandes disputes peuvent être un dérivatif au quotidien morose des adultes. Elles signifient tout autre chose chez les jeunes qui cherchent souvent dans la différence l’affirmation de soi. Qu’une différence aussi difficile à assumer que l’homosexualité, lorsqu’elle n’est pas intégrée au schéma de vie, vienne s’immiscer dans les consciences encore fragiles des adolescents sous prétexte de mettre d’accord des adultes entre eux est malhonnête.

Un débat à risques

Il reste à espérer que la raison l’emportera sur la passion, car le mariage, qu’il soit religieux ou civil, est l’union de deux êtres de raison qui réservent la passion à leur intimité et non pas aux registres officiels. Comment interpeler les élèves dans un domaine qui ne peut voir dominer que leur passion sans la maîtrise d’une raison qui leur manque encore ?

Le débat est alors dangereux. Vincent Peillon l’a compris. Lorsqu’il craint la stigmatisation homophobe – non pas du fait d’une volonté établie de l’enseignement catholique, mais d’un dérapage de masse orchestrée par les médias – il anticipe une curée possible dans la France ébranlée par la crise.

Il est une chose dont il faut se souvenir ; ce que la République bâtit dans la démocratie est une voie pour chacun des adultes en devenir. Il sera beaucoup plus facile d’expliquer le pourquoi d’une loi instituant le « mariage pour tous » que le comment éviter d’en arriver à cette loi. Les enfants et adolescents, leurs parents, seront rassurés par un cadre solide qui leur permettra d’appréhender un tabou d’antan devenu l’évidence de demain.

Il faut à nouveau exiger que le débat ne s’officialise pas entre les murs des écoles sous peine de rendre l’École plus en peine encore de trouver/ou de garder l’identité dont elle a besoin pour construire des citoyens responsables. Une fois de plus, et il faut rejoindre Vincent Peillon dans cette voie.

Refusons que l’enseignement catholique revendique sa particularité au travers d’un fait de société qui ne la regarde pas en exclusivité et ne donnons pas aux pro et aux anti « mariage pour tous » les armes pour se faire la guerre.

Ce mariage pour tous est un espoir d’accès à la dignité pour de nombreux couples homosexuels, n’en manquons pas dans le temps qui précédera la loi. Et pour mémoire, d’autres pays ont fait le pas. Pourquoi pas la France ?