Profil sur Facebook, ou l’empathie sur un réseau social

Alors là ! Si j'avais voulu faire volontairement mon intéressant, je n'aurais pas eu mieux ! Si on pouvait me suivre, en délire, sur un article dénonçant la faim dans le monde, la pollution et le réchauffement climatique, la guerre et l’indifférence, bref tous les sujets à la mode qui me préoccupent, je n'aurais engrangé, au maximum, que de deux ou trois acquiescements de clic de souris...
Petit détour sur les réseaux sociaux
Un petit air de popularité

La semaine dernière, en rendant visite à mon bouffeur de temps préféré, j’ai nommé Facebook, mon regard s’est arrêté avec insistance sur ma photo de profil. C’est vrai, comme beaucoup, je n’aime pas trop me regarder dans les yeux, je me sens gêné dans mon intimité et dans mon profond désir de me croire parfait ! Blague à part, je me suis posé la question de savoir quel âge j’avais dans mon petit rond. Impossible d’estimer la date de prise de cette photo : oui, c’était en vacances, apparemment à l’étranger, si je procède par élimination, en Italie sûrement ; mais alors quelle année ?

D’aucuns m’avaient déjà félicité, à l’époque, lorsque j’avais posté ma nouvelle image. On ne sait jamais pourquoi les amis vous trouvent soudain intéressant au point de vous « liker » en masse. De mémoire j’avais du avoir deux ou trois petites dizaines de « j’aime » bien sympathiques. Très sincèrement, tout cela me laisse un peu froid. Je favorise bien plus les visites au travers des mots que je partage avec quelques lecteurs curieux dans mes quelques écrits. C’est ma façon de communiquer au-delà de mon cercle intime et de lancer un petit Cc (coucou) un peu plus loin de l’endroit où je me trouve. Mais je suis tout de même avec attention la progression des amis qui me gratifient d’un « coeur » ou d’un « bravo ». C’est amusant !

Quel chemin emprunter ?

Je disais donc, la semaine dernière, j’ai jeté un œil sur mes deux yeux virtuels. Et je me suis dis :

– « Si tu changeais d’identité en mettant ton nez au milieu d’une nouvelle tronche : nouveau profil sur Facebook ? »

– « Bah, pourquoi pas, » me répondis-je illico presto. « Fouillons dans mes archives récentes… Rien de bien réjouissant, en fait ! »

Du coup (tic de langage qui a le don de m’exaspérer et qui ne permet plus de l’utiliser sans avoir l’impression de se retrouver au milieu d’une conversation de « du coup » !!), j’ai bricolé un peu. J’ai pris du nouveau qui avait l’apparence de l’ancien, je m’explique :

– « Tous les ans, dans toutes les écoles de France, et d’ailleurs très certainement, à la rentrée des classes, perdure la fameuse photo de classe. Justement cette année elle n’a pas lieu, le protocole interdisant d’ôter le masque en formation groupée. Par contre, le portrait individuel s’autorise et s’invite au sourire en forme de fromage – cheese – et aux airs de petit singe espiègle que vous aurez reconnu.« 

Les élèves sont passés les uns après les autres, et c’est la seule fois ou je peux découvrir leur bouille ; bas les masques quinze secondes et puis on se rhabille, dans l’ordre alphabétique.

Je demande :

– « Et moi, j’y ai droit cette année ?« 

– « Mais oui », me répond la photographe.

Je m’installe, me découvre le bas du visage, marque une pause pour une pose avantageuse et flash, dans la boîte.

Un peu comme un soupçon de gloire

Eh oui, j’ai scanné le papier glacé, lui ai donné une apparence douce et chaleureuse, et hop, direction la boîte à changement de photo de profil de Facebook. Vous me croirez si vous voulez, vous vérifierez si vous doutez mais j’ai eu un succès fou : j’ai vu le compteur des « j’adore » grimper vers des sommets – attention les miens, somme toute modestes – vertigineux. 10, 20, 50…

– « Wouha ! Fichtre« , je me suis fait la remarque. Que de personnes attentionnées !

60, 70, 80…

Incroyable ! Je me suis mis vaniteusement à espérer dépasser les 100 !

90, 100 et quelques…

– « Alors là ! Si j’avais voulu faire volontairement mon intéressant, je n’aurais pas eu mieux ! Si on pouvait me suivre, en délire, sur un article dénonçant la faim dans le monde, la pollution et le réchauffement climatique, la guerre et l’indifférence, bref tous les sujets à la mode qui me préoccupent, je n’aurais engrangé, au maximum, que de deux ou trois acquiescements de clic de souris…« 

103

C’est le chiffre, à ce jour, ma participation comprise ; on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même.

Morale de cette histoire

Point n’est besoin de donner de la teneur à vos messages Facebook si vous voulez vous y faire remarquer, il vous faut juste passer le bout d’un appendice autorisé pour que les envies de vous aimer fleurissent au fil des heures.

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Philippe Szykulla