Rajeunissement des cellules : jusqu’où pouvons-nous modifier la nature ?

L’immortalité d’une cellule vient d’être démontrée, dans l’absolu. En effet une équipe de l’Institut de génomique fonctionnelle vient de réussir le rajeunissement de cellules de peau de centenaires en les reprogrammant génétiquement. Toute trace de vieillissement a disparu, la cellule recommençant à prendre, derechef, de l’âge. L’immortalité supposée s’envisage de ce qu’il est possible de revenir au point de départ à tout instant, et de redémarrer à zéro.

Plusieurs problèmes se posent.

Tout d’abord, le premier qui vient à l’esprit, est d’ordre éthique, et n’est pas nouveau. Jusqu’où peut-on intervenir dans le processus naturel sans aller à l’encontre d’un ordre établi immuable ? La greffe, le clonage, le vaccin génétique, la procréation artificielle et maintenant le rajeunissement des cellules sont des réponses à la terrible fatalité qui nous poursuit dès que nous naissons, la mort.

La manipulation d’un organisme vivant, au-delà des inquiétudes de dérapage génétique, en visant plus loin que le court terme pourrait être néfaste, à longue échéance, à l’équilibre d’une société qui verrait son fonctionnement à plusieurs vitesses s’amplifier. Il est raisonnable de penser que les riches auront plus facilement accès aux nouvelles technologies médicales dans le futur tant on pressent au travers du fossé qui se creuse à l’heure actuelle l’abîme qui séparera demain les nantis des précaires.

Ensuite, apparaît l’interrogation de l’innocuité des procédés. Plus nous irons vers la superficie de l’existence, en oubliant les fondamentaux de vie, plus nous risquons de mettre en péril l’intégrité des espèces animales ou végétales. L’homme fait partie, bien entendu, de ce noir panorama. Nous sommes vraiment dans le domaine de la manipulation génétique pure puisque les chercheurs disent que « les télomères (extrémités des chromosomes qui témoignent du vieillissement) y sont même plus longs que sur de vraies cellules souches embryonnaires, ce qui peut laisser supposer qu’elles auront une longévité accrue ! ».

Que des scientifiques, aussi responsables et intelligents qu’ils puissent être, s’enorgueillissent de changer la donne au point de clamer que le résultat obtenu est meilleur que le matériel originel, fait frémir. On peut leur pardonner leur enthousiasme, il est légitime, puisque l’un d’eux apparentait la découverte au bon résultat sportif consécutif à l’entrainement intensif.

Par contre, dans leurs communication, je n’ai ni entendu ni lu de quelconques réserves sur la dangerosité. Les chercheurs allaient jusqu’à affirmer que leurs observation mettaient de côté la dégénérescence cancéreuse. J’aimerais avoir leur assurance et leur optimisme. Espérons seulement que ces savants ne se trompent pas !

Alain Privat, chercheur qui lutte contre l’utilisation des cellules souches embryonnaires , dit par contre que ces cellules reprogrammées « peuvent avantageusement remplacer les cellules souches embryonnaires, en recherche fondamentale comme dans le cadre de stratégies thérapeutiques pour des maladies génétiques et/ou dégénératives. » Cet avis autorisé tempère les peurs, mais pour l’instant ne gomme pas les doutes.

Surtout lorsque l’explication technique s’en mêle. La reprogrammation des cellules en laboratoire s’obtient en rajoutant à la préparation de base composée de l’OCT4, SOX2, C MYC et KLF4, deux autres facteurs de rajeunissement des cellules, le NANOG et le LIN28. Si on y rajoute mes numéros de sécurité sociale, INSEE, NUMEN et l’âge du capitaine je finis par me demander de quelles libertés je vais bénéficier pour finir mes vieux jours, parce qu’il ne faut pas se leurrer, le rajeunissement des cellules, les miennes y compris, ce n’est pas pour demain. Je serai donc traité à l’ancienne, avec une fin digne de ce nom, dans les règles de l’art.

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Philippe Szykulla
Publications: 179