4,9 Mio devant la TV, et moi, et moi, et moi…

Le débat télévisé entre les 6 candidats à la candidature du PS a rassemblé 4,9 millions de… curieux ? Nul doute que ces badauds du petit écran pensaient assister à une foire d’empoigne, ou alors pour d’autres à une moissons de propositions révolutionnaires qui feraient d’eux des français plus riches après mai 2012. Nini. Rien, ou presque du côté pugilat organisé par Pujadas, encore moins du côté des idées. On dit les humoristes actuels aseptisés, dépourvus de folie douce, mais les politiques sont pareils : ils ont plus peur de perdre que d’envie de gagner. Alors il faut attendre 22 h 45 pour avoir la première touchette, et encore qui n’engage l’avenir de personne.

Que peut-on espérer d’un débat comme celui-ci ? Les candidats quitte ou double : ou les foules se passionnent, et se découvrent des héros, ou -et je penche pour cette version- la « politique réalité » incite l’électeur à s’abstenir lors du prochain scrutin. Michel Polac nous a manqués ! Il est vrai que la droite attendait un crêpage de chignons, et non, tout fut policé comme il faut. Retenons quelques réactions qu’il a été difficile de trouver par ses propriétaires opposants. Il est si compliqué de chercher une polémique sans mettre en avant ceux qu’on attaque, tout en recherchant une aspérité qui n’existe pas.

Sarkozy : c’est à qui veut dépenser plus.

Mélanchon : crise de nombrilisme

Bayrou : resté sur sa faim

Harlem Désir a, quant à lui, su analyser  cette prestation de manière juste et habile, dans la même veine ronronnante que les 6 ténors. La voix de son maître :

Nous avons réussi le pari de conjuguer une grande audience et une grande dignité. Ce débat a suscité la fierté des socialistes et l’intérêt des Français. La grande perdante est la droite, qui paraît vieillotte et repliée sur elle-même. Avec ce débat , les primaires sont rentrées chez les Français. Ce record d’audience montre une envie très forte d’alternance, une très grande attente vis-à-vis des l’opposition et nous allons continuer à nous mobiliser avec la plus grande intensité en vue des prochains débats et du vote d’octobre.

Comment la société qui est maintenant la nôtre peut-elle se satisfaire de ces joutes convenues, qui ressemblent aux matchs arrangés de catch dont le gagnant est désigné avant le combat ? Au moins le catch offre-t-il du spectacle à qui l’aime. Nous avions, ce 15 septembre, une nouvelle version de « bonne nuit les petits ». Certains des personnages de cette série enfantine présentent une analogie frappante avec nos 6 compagnons. Qui est nounours ou Nicolas, Pimprenelle, le marchand de sable (tour à tour il l’ont été…).

Un autre débat aura lieu, après ce succès d’audience, il me semble. D’abord, changeons les règles du jeu, changeons les animateurs, changeons donc les questions et les présentations ampoulées. Et nous, spectateurs, changeons d’état d’esprit. Si cela le mérite, et hop, un petit coup de zapette, quitte à lire les journaux le lendemain, incognito. Ne faisons pas plus de pub qu’il n’en faut à des émissions qui ne le méritent pas. Mais c’est dans l’air du temps, direz vous, et vous aurez raison. La télé fadasse passe partout, avec des scénarios convenus et du brossage de manche de ménagère de moins de 50 ans ; continuons donc dans cette direction. Je suis persuadé qu’il n’y aura pas seulement les candidats malheureux, dépassés par le vainqueur des élections, nous serons aussi de grands perdants à croire en ces miroirs aux alouettes.

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Philippe Szykulla
Publications: 180