Campagne présidentielle : Sarkozy utilise l’arme nucléaire contre Hollande

Sarkozy, en se positionnant comme le garant des « intérêts de la nation », utilise le nucléaire en première ligne pour pilonner les bases du camp socialiste : il a donc choisi les armes qui feront partie de son arsenal de candidat, à savoir la sécurité, le nucléaire, le travail pour tous et les centrales électriques.

En cela, il se place en léger porte-à-faux des derniers sondages, confirmant ceux de juin 2012 qui disent que deux tiers des français souhaiterait sortir progressivement du nucléaire. Le président de la République compte donc faire preuve de pédagogie, et cherchera à convaincre que la France doit garder son indépendance énergétique, en misant sur le tout atome.

Je fais partie des nombreux français qui ont une perception très floue du nucléaire : impression qu’on ne nous dit pas tout, ou méconnaissance des fonctionnements et des enjeux, très difficiles à appréhender. Une marge d’interprétation intéressante pour les futurs candidats UMP et PS.

Le nucléaire, argument économique

Une partie de son plaidoyer est allé vers le pôle économique. Il affirme que « les activités électro-intensives assurent dans notre pays près de 150.000 emplois » et ajoute que « c’est tout un pan de notre industrie qui s’écroulerait » avec une électricité qui augmenterait de plus de 30 %. Il a mêlé le choix des 35 heures à la nécessité de rester compétitif face à l’Allemagne, pour prôner une nouvelle fois notre « indépendance énergétique » en y associant l’effet sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Petit clin d’œil à l’électorat Vert, il n’a pas omis de souligner que « la part des énergies renouvelables dans notre consommation » est en train de passer « de 9,5% en 2005 à 13% fin 2010. »

Hollande concerné, mais pas encore décidé

La réponse de François Hollande n’a pas tardé, le soir même. Il disait donc : « J’ai comme perspectives l’indépendance nationale, le pouvoir d’achat des Français et leur sécurité. Le nucléaire restera la source principale. Je préfère avoir cette vision équilibrée que d’être comme le candidat sortant dans une espèce de caricature et d’affirmation d’un modèle qui me paraît aujourd’hui dépassé. »

À travers cette phrase ferme et claire, le candidat socialiste faisait le choix d’une espérance d’alternative à décrypter entre les lignes, en réutilisant les idées du chef de l’État, mais en les tempérant.

François Hollande prend donc le risque, une fois de plus, de ne pas trancher, après l’accord bancal avec les Verts. A l’avenir, il devra veiller à monter en puissance, et à proposer de vrais contrepoids à la politique de droite, qui a l’avantage d’une parole d’avance : celle du président de la République. Être sur la défensive, en cas d’attaque atomique, sans réel bouclier ni batteries braquées sur l’ennemi, peut se révéler suicidaire.

Le choix du schéma tactique

Sarkozy avait, quelques heures auparavant, souligné les choix de François Mitterrand « qui a lui-même engagé la construction de 13 réacteurs », mettant au travers de cette référence les socialistes devant leur devoir de mémoire, à défaut de leur responsabilité.

Il avait ajouté en fin de discours qu’il fallait croire au progrès, car on n’allait pas « retourner à l’époque de la bougie, et tourner le dos au travail de six générations d’ingénieurs » cherchant à faire passer ses adversaires pour des rétrogrades dangereux. Ses projets étaient clairement exposés lorsqu’il a lancé qu’il avait « l’intention de laisser à nos successeurs une société plus juste et plus moderne. » Un peu auparavant, il avait dit qu’augmenter le prix de l’énergie c’était « courir le risque d’un mouvement massif de délocalisation. »

Imaginons un instant le sourire de Hollande qui voit Sarkozy flirter avec les fonds chinois pour renflouer les caisses européennes… ceci dit, François Hollande n’a pas vraiment tranché dans le vif du sujet, en ce qui concerne le protectionnisme, rappelons que certains candidats à la primaire socialiste allaient plus loin.

Alors, l’épouvantail de Fukushima sera-il suffisant pour que les français se posent la question du tout nucléaire en France au moment du vote aux présidentielles de 2012 ?

Entre temps, les deux candidats auront probablement usé abondamment des stratégies en leur possession, irradiation maximum et ogives chargées pour Nicolas Sarkozy, combinaison virginale pour François Hollande qui cherchera à tout prix à se construire une aura pacifique, qui ne l’éloignera peut-être pas suffisamment de l’image molle qu’il a offert jusqu’à maintenant, même si ses propositions s’affranchissent enfin : « Je suis pour la diversification des énergies pour produire de l’électricité, c’est-à-dire avec du nucléaire, puisque j’ai fixé la perspective pour 15-20 ans de réduire la part du nucléaire dans l’électricité de 75 à 50%, mais en même temps de faire monter les énergies renouvelables ».

Sous cette forme, c’est bien pesé, et les français pourraient finalement apprécier.

Default image
Philippe Szykulla