Civilisés barbares

Un homme vient à nouveau d’être exécuté aux états unis, après 20 ans passés dans le couloir de la mort. Des doutes subsistaient quant à sa culpabilité, une mobilisation gigantesque a réclamé l’annulation de la sentence. Les USA, encore maitres du monde, redresseurs de torts, ont un président qui prête serment sur la bible lors de son investiture, ont un système de chambre d’élus qui garantit un maximum de démocratie, et cela n’empêche pas de partager avec certains pays comme la Chine, la barbarie de la condamnation a mort de certains de leur criminels, ou supposés tels. S’agit-il de férocité gratuite, de la traduction d’un instinct sanguinaire hors du temps ? Il faudrait plutôt creuser du côté de la suffisance. Ce pays est pétri de certitudes et de références à des valeurs qu’il ne maitrise plus. La sensation d’être le plus grand pays du monde, la férocité imbécile de dizaines de millions d’américains qu’on peut trouver dans le cœur de certains états nous amène à ce qui s’est passé ce 22 septembre : l’exécution de Troy Davis par injection létale en Géorgie. Déjà, Géorgie sonne comme le nom d’une contrée sauvage, avec des guerriers à cheval portant des bonnets de fourrure, maintenant il associe son évocation à un symbole d’imbécilité meurtrière, quelques jours seulement après la commémoration du dixième anniversaire de l’attentat du 11 septembre 2011, qui fut l’occasion de pleurer, à juste titre, les victimes d’un l’extrémisme religieux et idéologique. Comment peut-on avoir au sein d’une même société un grand écart aussi flagrant ? Allez, mesdames et messieurs, nous sommes prêts à vous envoyer un deuxième Lafayette en la personne de Robert Badinter qu’il nous faut chérir chaque jour de nous avoir donné le summum de la démocratie : l’abolition de la peine de mort ! Il est vrai qu’on peut raisonnablement se poser la question du traitement des meurtriers odieux. Prendre la vie de celui qui l’a ôtée à sa victime ne soulage qu’une colère passagère, cela ne résout en rien les problèmes de délinquance. Aux States, les prisons sont surchargées d’environ 2 millions d’individus. On approche là le 1% de la population. Dernière réflexion : en étant inflexible avec ce condamné noir, le blanc américain règle-t-il ses comptes avec une ségrégation dont il n’a pas fait le deuil, au risque d’apparaitre comme un civilisé barbare ?

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Philippe Szykulla