Danielle Mitterrand, une ombre si lumineuse

« Au fil des jours, dans l’existence de chaque individu, se tisse la certitude que son sort n’est pas indépendant de celui de ses contemporains. Que ce qui le concerne nous concerne tous. » Le Printemps des insoumis, 1998.

La femme du 21ème président de la république, a tiré sa révérence. Danielle Mitterrand a vécu comme elle est, de manière simple et effacée. En a-t-elle pour le moins été inactive ?

Militante jusqu’au risque

À 17 ans, elle entre en résistance alors que ses parents recueillent des maquisards. Les débuts sont courageux, sa vie le restera. Elle sera tout de même la première épouse d’un président de la république à donner un avis sévère, en 1986, sur la politique nationale en critiquant vertement Jacques Chirac de faire tout et n’importe quoi.

Danielle Mitterrand voue une sympathie sans discussion pour Fidel Castro duquel elle loue qu’il ait exproprié des compagnies américaines, et que les anticastristes de Miami, pilotés par la CIA n’aient pas pu déstabiliser le leader maximo. Elle l’embrassera même en 1995, au grand dam de toute la classe politique de l’époque. Beaucoup aimeraient qu’elle se taise, mais elle reste debout dans ses bottes, et dans ses convictions. Nul doute que son président de mari a su tirer dans sa hargne sa force tranquille.

Que pensait-on d’elle ? On peut lire dans « Danielle Mitterrand ou la petite fille qui voulait être Antigone » de Françoise Xénakis en 2006 :

« Danielle Mitterrand n’a pas une réputation, dans notre société si policée, si cultivée, si raffinée, de femme très fine ni même très intelligente ! Les médias en ont décidé ainsi. L’ont-ils rencontrée ? Pas forcément. Elle aussi, on l’a rangée dans la catégorie des épouses d’hommes célèbres qui n’ont pas su s’élever en même temps que leur époux. Danielle Mitterrand n’a pas fréquenté les grandes universités ? C’est vrai, elle s’est mariée et a attendu son premier enfant à vingt ans. »

Une grande première dame

En 2005, elle prône le non au référendum sur le projet de texte constitutionnel européen, allant contre ce que pense sa famille politique. On peut alors se demander si elle ne renie pas les convictions de François Mitterrand.

Dès 1986, elle crée son association « France Libertés – Fondation Danielle Mitterrand » pour venir en aide à la détresse de femmes et d’hommes démunis et opprimés. La particularité de son action est de vouloir donner aux démunis la possibilité de se redresser par eux-mêmes. Elle soutien le peuple tibétain, condamne l’apartheid. Elle sera une des premières à dire combien il faut prendre en compte le Sida et la diffusion des traitements nécessaires.

Elle luttera sans cesse pour que chacun puisse avoir accès à l’eau, à l’éducation. Elle défendra le droit à la démocratie et à une économie saine, responsable et éthique. Pour elle, la richesse doit aussi se définir sur des plans autres qu’économiques, tels que que le savoir ou la présence de matière première dans les sous-sols.

Danielle Mitterrand fut une grande dame, convaincue de ses positions, de ses idées. Elle les a développées discrètement avec force et abnégation, comme ce que lui dictait son rang. Ni élue, ni arrivée, elle devait sa position à son mari, mais elle a pris toute la place qui lui revenait, et même plus, sans qu’on y prenne garde.

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Philippe Szykulla