Des propositions, mais il faut aller plus loin, de manière plus courageuse…

Suite au débat entre François Hollande et Martine Aubry, j’ai un sentiment mitigé. Certes, j’ai bien senti leur enthousiasme, leurs convictions, leurs espoirs et leur attachement à ce que nous soyons heureux dès le 7 mai 2012 avec une présidence socialiste. J’ai aussi apprécié leur analyse du quinquennat Sarkozy, et ce n’est pas là le plus difficile ! J’ai admiré leur habilité à se différencier dans une optique qui est commune, dur exercice de bretteur. Mais j’ai aussi pensé aux milliers de foyers désespérés, qui attendent un signal fort, qui espère des jours meilleurs le plus vite possible. Où ont-ils pu se retrouver dans ces galimatias techniques qui cherchaient plus à convaincre le journaliste interviewer que le peuple téléspectateur. Non, pas de populisme, mais de la simplicité, de la pédagogie et surtout de la vraie compassion. Le problème de la crise a été évoqué, pour dire qu’en sortir serait difficile. Les perspectives ont été assénées, sans certitudes de réussite.

L’économique lie, pieds et poings, le prochain vainqueur des élections présidentielles. C’est pourquoi, si l’on veut changer le monde, il faut changer l’économie, et surtout sans avoir cette candeur insupportable d’asséner qu’on va imposer des quotas aux chinois ( et aux autres pays vers lesquels la délocalisation s’est faite) : qui parmi nous est d’accord pour payer ses jeans 3 ou 4 fois plus chers, attendre 10 ans pour pouvoir changer son téléviseur ou son lave-linge ?… Les chinois, par exemple, rient jaunes dans leurs moustaches. Nous n’avons plus la capacité de produire à grande échelle du jour au lendemain, d’avoir des coûts de main d’œuvre aussi compétitifs qu’eux, d’avoir un traitement social des salariés méprisant, plus méprisant que celui que nous connaissons parfois ! Malheureusement, les pauvres en France le seront presqu’autant mais on aura la bonne conscience de s’occuper d’eux… Alors la critique est facile ? Bien sûr, et j’en use autant que tout un chacun ! Mais pourquoi ne pas se pencher sur un indice de bonheur populaire plutôt que d’espérer une richesse pour tous. Si cette dernière existait, cela se saurait, et surtout il y aurait au moins un pays qui l’aurait expérimenté, or pas un n’a que des riches ? Pourquoi ne pas mettre en avant cette belle idée de décroissance quand on sait pertinemment que la croissance n’est pas éternelle, mais surtout qu’elle est virtuellement possible parce que les Indiens, les marocains, les chinois et les autres nous donnent de quoi dépenser à bon compte ? Pourquoi ne pas rebondir avec enthousiasme sur la notion de démondialisation qui doit être réellement définie ? Il y a des pistes pour cela, il suffit de reconnaître et d’aider les initiatives locales : coopératives, troc, échanges, micro-crédits. Le dernier prix Nobel d’économie est allé vers un chercheur qui a démontré la faisabilité et les bienfaits de ces micro-crédits. Et lorsqu’on parle de délocalisation, de donner du pouvoir aux collectivités locales, il s’agit surtout de faire en sorte de les élus, notamment les députés, soient de véritables médiateurs de la vie commune, qu’ils s’investissent pour le bien être immédiat des citoyens, à l’aide des lois, évidemment, mais aussi avec le pouvoir qui lui serait donné d’être le partenaire privilégié des acteurs locaux, industriels ou administratifs. On parle de l’école en disant qu’on va engager plus de moyens… c’est bien, et nous sommes tous d’accord. Mais a-t-on vraiment entendu qu’on devrait demander aux enseignants l’école qu’ils veulent, aux élèves la place qu’ils souhaitent discuter avec leurs enseignants, aux parents la complémentarité qu’ils s’engagent à apporter à l’enseignement ? Et nous pouvons continuer avec les salades que nous voulons dans nos assiettes, des médicaments pour nous soigner, des hôpitaux pour nous guérir, des services publics pour nous rassurer… Je voterai pour le parti socialiste en 2012, mais je serai plus heureux et comblé si le candidat désigné ce dimanche pour aller vers le deuxième tour, moralisait plus encore son discours et avait le courage de vraies propositions fortes.

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Philippe Szykulla