Free mobile : beaucoup de bruit pour rien

Rarement, ces dernières années, une opération commerciale s’est doublée d’une telle folie d’annonces de toutes sortes. Chaque blog de presse y va de son article, souvent minuscule, pour répéter à l’infini que Free va bientôt sortir son offre mobile.

Il est vrai que toute apparition sur la toile de ce type d’article fait bondir la fréquentation, et alimente les spéculations. Xavier Niel, sans mettre la main au portefeuille pour l’instant, fait une campagne de pub sans précédent. Free dans le vent, celui qui porte mais aussi celui qui anime les commentateurs.

Des articles florissants

Le point de départ se situe au printemps 2011. L’annonce de 2008 de Xavier Niel de diviser par deux la facture de chaque foyer en ce qui concerne les abonnements téléphoniques, sert alors de base aux hypothèses de tarifs encore d’actualité. Aucun traitement de fond du phénomène ne court sur internet, simplement quelques brèves qui répètent inlassablement l’arrivée imminente de Free Mobile. Les dernières supputations parlent, sans fondement, du 19 décembre, et les commentaires de fleurir à chaque fois pour s’extasier de l’imminence de l’événement.

On a vu émerger les articles dès que Xavier Niel commentait l’avancée technique de l’implantation du réseau : « La qualité et le débit sont excellents », ou « le lendemain du jour où on lance Free Mobile, ça marche ». Le dernier commentaire était un tweet de François Sorel, de BFM Business qui disait : « Free Mobile : le réseau fonctionne, l’Itinérance avec Orange est opérationnelle. L’ARCEP vérifie si la couverture atteint bien 27%. »

Il suffit de taper « Free Mobile » sur Google pour voir apparaître une multitude de papiers, tous équivalents, sur ce sujet. Dans un précédent billet, je faisais allusion à l’impatience que suscitait l’arrivée de ce nouvel opérateur, aujourd’hui, je m’interroge sur le bien-fondé de ces articles, qui ne reposent sur rien de concret et qui racontent tous la même chose.

Une politique de l’autruche bien agressive

Toujours est-il que cela donne des idées à d’autres et fait frémir les opérateurs actuels dont les relances obsessionnelles confèrent parfois au harcèlement. Tout en minimisant l’affaire, ils la prennent au sérieux. Rarement une telle ambivalence a prévalu ! C’est comme si notre bonne vieille autruche, la tête dans le sable pour se persuader que le danger n’existe pas, envoyait des missiles sur ces cibles ignorées. Kafka se serait régalé à consigner ces péripéties dans une de ses nouvelles, et Edgar Poe en aurait fait un merveilleux thriller poétique.

Une histoire révélatrice

Un institut de sondage vient de m’appeler pour connaître mes habitudes en terme de téléphonie mobile. Les questions portaient sur mon opérateur actuel, sur les fréquences de mes appels, sur mon forfait… classique. À un moment, le sondeur, fort sympathique et jeune de surcroît, en vient à me demander si je regarde les offres actuelles proposées. J’hésite à répondre et lui avoue qu’il manque une composante à mes recherches puisque Free n’a pas encore dévoilé ses tarifs.

Mon interlocuteur part alors dans un aparté surprenant, et me dit, en substance, que son abonnement a pris fin en août dernier et qu’il attend ce que va proposer Free. Nous échangeons quelques phrases au cours desquelles nous tombons d’accord sur la nécessité de rendre l’accès à la téléphonie mobile meilleur marché,et surtout, mieux équipé en « options comprises dans le forfait ». L’entretien se poursuit et se termine de manière tout à fait conforme.

Tout le monde se sent concerné, la nouveauté et l’attrait d’une économie bien sûr. On peut imaginer la vague qui déferlera le lendemain de l’annonce officielle !

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Philippe Szykulla
Publications: 179