Gauche, droite : y a-t-il encore une différence marquée ?

La France est profondément ancrée dans une histoire de liberté, qui porte son cœur à gauche et sa raison à droite. Cette dernière a marqué la Vème République, ne souffrant que d’une alternance de 14 ans, sous Mitterrand.

Il avait été surprenant de voir le début du premier septennat se figer, se crisper même, dans une idéologie qui avait glacé la France. J’ai encore en mémoire qu’il m’avait été imposé, en septembre 1983, de faire une déclaration de sortie de devises pour me rendre à Genève, tant la barre à bâbord toute avait affolé la sphère financière de l’époque.

Il avait fallu que le gouvernement de l’époque change son fusil d’épaule, certes avec beaucoup d’inertie. Cette lente évolution est une des plus belles choses qui soit arrivée à notre pays. La hauteur qu’a prise le Président Mitterrrand, sa rencontre avec les réalités économiques, les cohabitations ont donné une énergie incommensurable à chacun.

Cet épisode a tiédi la marque entre les deux camps, simplement interrompu par le brûlot de mai 2002 qui a transformé Jacques Chirac en homme à gauche de la droite de le Pen ! Ce faux événement qui faisait des socialistes et de Jospin des spectateurs impuissants, a montré qu’une élection présidentielle moderne pouvait se passer de la gauche au second tour, sans que cela n’affecte la démocratie. Le 1er mai de cette année, nous étions tous par une belle journée de printemps, appelés à sauvegarder notre intégrité de valeurs, sans penser à marquer nos territoires politiques.

Ce dernier dimanche, le 16 octobre 2011, plus de 2 millions de français ont décidé de rêver l’avenir du pays entre les mains d’un présidentiable issu d’un affrontement dans un même parti de gauche. Il en est sorti un homme fort, au pouvoir légitime qui lui a été donné par une partie du peuple de gauche (en terme de sondage, l’échantillon est vaste et représentatif !).

Et pourtant, François Hollande ne fait pas partie de cette gauche qui aurait pu faire la différence. Aubry est plus marquée, Royal aussi, sans parler de Montebourg qui a osé des idées quasi révolutionnaires. Cela veut-il dire que le Gaulois d’aujourd’hui a compris la leçon de 1981, ou que ce qui lui est proposé ressemble à ce qu’on peut manger dans certains restaurants rapides : standardisé mais rassurant ?

Au menu, un candidat normal, en fait, qui tranche avec le président actuel qui en a trop fait en jouant la proximité médiatique, en se rapprochant des foyers, en voulant jouer la carte du copain de récré. Il doit y avoir un terrible complexe du président de droite. Giscard s’invitait à manger des œufs brouillés dans des familles moyennes, Chirac ingurgitait de la tête de veau avec une gourmandise non feinte, et Sarkozy s’est émerveillé de son pouvoir comme un pauvre à qui on offre une belle montre… Tiens, tiens, encore une histoire de montre !

Un peu comme aux États-Unis, ou en Allemagne, la politique en France tend à devenir rectiligne, avec peu de marge de manœuvre et beaucoup de rigueur. Nos amis Grecs, Portugais, Italiens en savent quelque chose pour en avoir manqué. En effet les pays industrialisés qui se rendent compte trop tard que la gabegie des 30 glorieuses est aujourd’hui impossible, boiront la tasse.

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Philippe Szykulla