Jacques Chirac, sa condamnation vue par la presse étrangère : de la clémence.

Jacques Chirac, président de la République de 1995 à 2007, vient d’être condamné, 15 jours après son 79e anniversaire, à deux ans de prison avec sursis. Il a été reconnu coupable notamment de « détournement de fonds publics » et « d’abus de confiance ».

Il était aussi poursuivi pour « prise illégale d’intérêts », et encourait 10 ans de prison et 150 000 € d’amende. Pourtant, le ministère public avait requis la relaxe de l’ancien président de la république. Le tribunal correctionnel de Paris n’a donc pas tenu compte du réquisitoire, en infligeant à Jacques Chirac une peine exemplaire. Cette surprenante issue du procès a donné lieu à des commentaires divers à l’étranger.

Chez les anglo-saxons, on penche pour une tranquille satisfaction

À Londres, le constat d’une condamnation tardive de Jacques Chirac est établi par le « Times », tandis que pour le « Guardian », outre la lenteur des événements, il est essentiel que la main de la justice ait fini par atteindre l’ancien président de la République, soulevant par ailleurs l’importance d’une telle décision dans une démocratie.

Le « Guardian » reprend avec perfidie les mots de Valéry Giscard d’Estaing qui disait de Chirac que « C’est le genre d’homme qui peut avoir la bouche pleine de confiture, les lèvres dégoulinantes de confiture, ses doigts couverts de confiture, le pot de confiture ouvert devant lui, et pourtant il continue à nier avoir jamais touché à la confiture ».

Le quotidien libéral conservateur « Financial Times » constate, quant à lui, que « quelques mois seulement avant les prochaines élections présidentielles, les politiques modérés doivent être prudents dans la réponse qu’ils apporteront. La chute du président Chirac pourrait être perçue avec indulgence par la population, laquelle considère comme une sorte de grand-père de la nation. Mais les politiques en marge comme Marine Le Pen, du Front national, sont moins tendres et chercheront à renforcer l’impression que les politiques sont tous pourris. Les partis français établis doivent donc être prudents. En période de crise, les slogans populistes peuvent s’avérer dangereusement efficaces. »

Le « New York Times » décrit Jacques Chirac comme charmant, débonnaire, homme de l’art national du discours social, notamment dans sa dernière année de pouvoir, se laissant aller lors de sa retraite vers une place respectable dans l’histoire.

Il relève qu’à contre-courant de cette image, il a été attaqué sans relâche, notamment par le journal « Libération » qu’il accuse de « chiracophobia » et d’avoir montré une grande agressivité à son égard sous forme d’un « nouveau sport national ». La désillusion de M. Chirac n’est pas seulement personnelle, d’après le New York Times, mais elle est également le reflet de la crainte du peuple français que leur nation perde une partie de sa renommée à l’étranger.

En Allemagne et en Espagne, on se montre dubitatif

En Allemagne, le Bild titre « la chute » et le Taz, quotidien de gauche allemand, avoue sa surprise et commente « la mise au placard », dans l’attente de leur prescription, de plusieurs cas de scandales financiers en raison de l’immunité du président entre 1995 2007, alors que tous les détails figuraient dans la presse, ce qui constitue un désastre pour la réputation de la justice française.

Le verdict rendu était nécessaire pour tirer un trait sur ce passé. Il est jugé courageux puisqu’allant à l’encontre du souhait explicite du ministère de la justice mais constitue une exception en France. Bien que le tribunal correctionnel de Paris ait montré son indépendance, « la règle qui veut que le pouvoir dicte au parquet qui doit faire, et ne pas faire, dans des procès explosifs reste de mise ».

En Espagne, le quotidien de centre-gauche, le « périodique de Catalogne », conclut que la condamnation de Jacques Chirac montre clairement que de nouvelles règles doivent encadrer le financement des partis, et pas seulement en France. Il ajoute que « les démocraties modernes doivent se demander si les parties sont en mesure d’assumer sur la durée explosion de leurs coûts. C’est en réalité une question purement rhétorique, car il est évident que ce n’est pas le cas. »

Il ajoute que le fait que le nombre d’adhérents au parti soit largement « au-dessous de la masse critique qui serait nécessaire pour financer leurs coûts d’exploitation » n’arrange pas les choses, surtout que d’autres sources de revenus sont devenues marginales : fêtes de parti, publications… Alors que les dépenses ont explosé dans le versement des salaires des cadres, du financement des campagnes électorales et du coût de la publicité.

Ces quelques instantanés, piqués çà et là, montre une crainte en matière de financement des partis politiques, dont les coûts de fonctionnement explosent de manière exponentielle.

Les médias étrangers, même s’ils montrent, un peu à l’instar des médias français, une certaine affection pour un Jacques Chirac vieillissant, soulignent une victoire pour la démocratie. Il est curieux que la presse internationale ne saisisse pas, à cet instant, l’opportunité de pratiquer un langage antifrançais.

Ils n’ont manifestement pas souhaité relier l’affaire à leur agacement concernant les agissements envahissants du Président de la République actuel.

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Philippe Szykulla
Publications: 180