L’art d’être sans y être…

François Hollande, candidat aux primaires du parti socialiste et potentiel adversaire politique de Nicolas Sarkozy aux élections présidentielles de 2012 a décidé de jouer avec l’effet média. En son temps, Ségolène Royal en a usé et abusé, on connait le sort qui fut le sien en mai 2007. En effet, à trop jouer avec l’image, celle-ci risque de vous trahir au moment où vous en avez le plus besoin.

Comment donc se démarquer quand on n’a rien de moins, rien de plus que les autres ? C’est pas difficile apparemment ! Il suffit de jouer un peu mieux que la moyenne la comédie, savoir appâter la mouche journalistique avec un des meilleurs miels de Corrèze, être l’ex-compagnon d’une ex-candidate au suffrage suprême, avoir été bêtifié, mais alors bêtifié comme rarement dans le monde politique, par les Guignols de Canal+, être un bon bretteur, un manieur de formule de premier rang, avoir fait un régime avant l’été, en même temps que les midinettes qui préparent leurs corps pour la plage aoûtienne… Cocktail explosif, parce que Monsieur Hollande n’a pas été ministre, a des mandats électifs dans un des départements les moins actifs économiquement en France, a une bouille qui, même amaigrie, lui donne ce côté éternellement rigolard. Un peu comme on avait du mal à voir Sarko ou Ségo à l’Élysée, on se reprend à douter qu’il puisse siéger dans le beau fauteuil de Président de la République. Ce n’est pas un de Gaulle, ni un Mitterrand ou un Chirac. Il n’y a pas chez cet homme cette dimension innée, cette dimension de grand homme. Il l’a d’ailleurs dit, il est un candidat normal.

Et pourtant cet homme a de quoi séduire. Il parle bien, a le sens de la répartie, développe une stratégie digne des plus grands généraux de l’Empire. Nous disions qu’il n’avait pas eu de gros portefeuille ministériel mais il a conquis de dure lutte la députation, est devenu Premier secrétaire du PS et connaît les joies de la réélection en 2005, considéré alors comme l’homme de la « synthèse molle ». Décidément, ce paragraphe devait être l’antithèse du précédent, et revoilà une vision négative du personnage à propos de cette « synthèse molle ». Parce qu’on a peine à croire qu’il soit dynamique ? Il l’est le bougre… il serre des mains dans le fief de Chirac, il discourt au quatre coin du pays, il arrive à ne dire du mal qu’à demi-mots, donnant presque dans le « Père, pardonnez-leur, il ne savent pas ce qu’ils font » très judéo-chrétien. Magnanime, simple, à la portée du français moyen. François Hollande, on l’aime bien. Il ressemble à un beau frère représentant de commerce, il est un bon père de famille : 4 enfants c’est moins bien que Sarkozy mais c’est deux fois la moyenne nationale, il a refait sa vie avec une autre, il n’est donc pas un zombie au pays des familles mono-parentales ou recomposées.

Son programme politique en quelques mots : des impôts justes, priorité aux jeunes, être mieux au travail, vivre rassemblés, faire des progrès en écologie, avoir une politique européenne ambitieuse. Alléchant, n’est-ce pas ? Et celui-ci serait tenable si on ne se disait pas que ces lapalissades ne nous empêchent pas de nous demander de quoi sera fait notre lendemain. Le programme événementiel, lui, est tout tracé. Ne pas venir ouvrir la fête socialiste en même temps que les petits copains et rassembler les journalistes à mille lieues de là, arriver en retard, ou tout du moins à contre-temps, comme une certaine Ségolène Royale relevions-nous plus haut. Faut-il croire à cette nécessité de se démarquer pour se faire remarquer ? J’aime bien les rouleaux compresseurs, les maîtres du suspens à la Hitchcock, les séducteurs et les menteurs, les « filles de » et les gens un peu trop sérieux. Vous aurez deviné que je parle de Martine Aubry. On pouvait se demander si un Président pouvait s’appeler Nicolas, alors pourquoi pas Martine ! Je ne suis pas un fan absolu de cette femme, parce que mon coeur balance et est aussi attiré par Eva Joly…

C’est vrai, nous parlions de François Hollande. Conclusion à la hâte : – Semble avoir un réel potentiel mais doit prendre de l’envergure pour pouvoir convaincre –

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Philippe Szykulla
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