Le Goncourt de la faute politique est décerné à… tous les chefs d’États

Publié sur le Plus du Nouvel Observateur

C’est décidé, l’an prochain je termine mon bouquin et j’espère bien qu’il aura le Goncourt. Pour cela je vais employer deux méthodes infaillibles : je vais demander à mon fils de corriger mon orthographe et à ma vieille tante Germaine, qui n’a plus toute sa tête, de rédiger la trame de l’histoire.

Avouons que l’épisode burlesque de la sortie du livre d’Alexis Jenni dans sa version numérique, truffé de coquilles et de quelques fautes impardonnables prête plus à sourire qu’à s’émouvoir. Le talent est reconnu, nul ne pensera que la bourde de l’éditeur portera préjudice à l’écrivain.

De gaudriole…

Malheureusement il y a des comportements dans notre bas monde qui seraient à souligner au crayon « rouge prof », tant ils mettent en péril la pérennité de l’équilibre des démocraties et le bonheur des peuples. De vilénies infantiles aux prises de décisions inconsidérées, nos politiques ne font pas dans la dentelle. Que François Hollande soit prié de mieux piloter son pédalo amuse plus qu’il n’affole, mais le débat n’en sort pas grandi, l’intéressé à peine plus. Les bons mots pleuvent, manière indéniable d’attirer le média avide vers ces gouffres de médiocrité : c’est la crédibilité de la classe politique qui en prend un coup !

…en farce grand guignolesque.

Plus sérieusement, toute une série de zéros pointés devraient être distribués à notre panorama de chefs d’États, plus « responsables et compétents » les uns que les autres. Et que l’on retire la notation AAA à Sarkozy, Merkel et Obama pour leur inconsistante gestion de la dette, de la crise et de leur pays. Ils ne sont qu’un exemple parmi tant d’autres, d’autres qui ne sont plus au pouvoir, comme Berlusconi, Zapatero…

Mauvais gestionnaires et irresponsables : nous sommes là pour éponger !

Le bon père de famille sait qu’on ne peut pas emprunter plus qu’il n’est raisonnable de rembourser, la loi lui donnant la limite d’un tiers de ses revenus pour estimer les mensualités à reverser au banquier. L’entreprise saine ne se commet pas à dépasser le montant de ses biens immobilisés pour envisager ses prêts. Alors pourquoi diable, tous les pays riches ont ils choisi pendant des décennies de vivre au dessus de leur moyen, hypothéquant l’avenir de leurs habitants.

Et maintenant le couperet tombe : la dette sera épongée par qui n’a jamais demandé à ce que sa nation fasse la fiesta en son nom ! Le citoyen moyen, celui qui a encore suffisamment de revenu pour y participer, répondra présent, désigné volontaire, à l’effort de reconstruction financière de son pays. Sont annoncés plus d’impôts solidaires, pour éponger les cadeaux fiscaux, les spéculations hasardeuses et les tours de roulette russe.

Et pour croire en un avenir, il faudrait peut-être faire preuve d’un peu de mémoire !

Alors c’est décidé l’an prochain je vais voter. Je vais demander à mon fils ce qu’il pense de son avenir, ce que sont ses espérances et je choisirai mon président, celui qui m’aura semblé le moins mauvais. Je demanderai aussi à ma vieille tante amnésique si elle se souvient qu’un tel désastre politique soit jamais arrivé par le passé, elle me regardera de ses yeux vides, un sourire vague aux lèvres, lavée de toute sa mémoire.

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Philippe Szykulla