Le pouvoir aux petits oignons


Nicolas Sarkozy en tête, le parti au pouvoir boit du petit lait. L’opposition ne s’est pas encore réellement affirmée et le président de la République, malgré des sondages défavorables, trône sur un matelas médiatique confortable. En effet, ce qui compte pour les électeurs, en fin de course, c’est cette sorte d’accumulation de présence rassurante que Nicolas Sarkozy a échafaudé, bien malgré lui. De la période d’agitation excessive, à la gestion d’avant scène de crise en passant par le côté  » j’incarne le pouvoir sage « , je deviens sphinx en fin de mandat et j’offre par la même occasion un nouveau né à aimer au peuple, à venir dans quelques semaines. Le pays a cruellement besoin d’être lui-même, de retrouver la confiance, d’avoir un avenir intelligent et prometteur.

Est-ce que le chef d’ l’État actuel a maintenant la stature qu’il n’a jamais eue ? Certes non, et il ne l’aura jamais. Ce n’est pas un politique dans le noble sens du terme, c’est plutôt un monarque type KGB, passé par l’intérieur pour établir ses réseaux, par Bercy pour se faire des amis riches et par la présidence de l’UMP pour se donner une légitimité de parti. À part ça, tout est surfait. Sa puissance vient de son statut, ce n’est pas lui qui fait le statut. Son aura est embellie par le déploiement sans commune mesure des forces spéciales dans ses déplacements, son alibi gouvernemental lui est du par François Fillon qui incarne le sérieux et la compétence. Monsieur Sarkozy n’a rien d’inné, tout est travaillé et pompé sur les autres, sur le système. Il doit rêver qu’il est Obama en son pays, le matin devant sa glace, mais non, la classe ça ne se décrète pas… Donc Monsieur le président, vous faites l’affaire mais tout reste à faire ! Mais dites-vous bien que vous n’êtes pas seul à n’être que le fruit d’une seule ambition. Vous adversaires de demain ont des questions à se poser.

Si on regarde bien, lequel arrive de loin, comme un Mitterrand historique, pour s’asseoir sur le siège suprême, avec cette hauteur indispensable à la pratique du pouvoir présidentiel ? Pas de coureur de fond, ni même de lanceur de poids. Nous entrons dans une ère de choix par défaut. On ne voudra plus de Nicolas Sarkozy, et qui pourrait bien le remplacer ? Comme beaucoup de français, je ne veux plus de cette politique injuste et qui apparaît comme étant juste et courageuse. Comme encore plus de mes concitoyens, j’aspire à un pouvoir magnifique, qui donne au peuple toute sa raison de vivre et d’aimer son chef. Je regarde autour de moi, et je ne vois rien venir. Si, bien sûr, des intentions, des certitudes personnelles, des joueurs d’images, mais pas de monstre sacré dont on a besoin, maintenant. Il ne nous faut pas un apparatchik sorti d’un parti sans saveur, comme en Chine aujourd’hui, ou en Russie hier, il nous faut un visionnaire et quelqu’un qui ait le courage de dépoussiérer la fonction, j’y reviens, comme Obama.

Alors, malgré un bilan en demi-teinte, un costume trop large pour ses épaules, si personne ne se révèle réellement ces prochaines semaines, Nicolas Sarkozy peut encore espérer refaire un mandat, tant le manque d’opposition tangible soigne, malgré elle, un pouvoir aux petits oignons.

Image par défaut
Philippe Szykulla
Publications: 180