LEGISLATIVES 2012. Mélenchon, à Hénin-Beaumont, vous avez fait le jeu de Le Pen

D’aller affronter Marine Le Pen sur les terres qu’elle a choisi comme fief politique a été une erreur pour Mélanchon. Se présenter à Hénin-Beaumont n’était pas une bonne idée, surtout qu’il a favorisé la poussée du FN sur l’élection.

Ce qu’on a pris pour un acte de bravoure de la part de Mélenchon s’est transformé en aveu d’inconscience. Sous couvert d’un affrontement nationalement médiatisé, le chef de file du Front de gauche s’est retrouvé englué dans la nasse qui correspond bien à sa manière de fonctionner, en faisant fi des convenances politiques qui règnent depuis que la politique existe.

Cette façon de se comporter en tête brûlée est suicidaire, mais aurait marqué les esprits si cela avait fonctionné. Il est déçu et nous aussi !

Mélenchon n’était pas à sa place dans le Nord

En prenant une toutefois honorable troisième place, Jean-Luc Mélenchon bute au pied du podium, dans une discipline qu’il a inventé lui-même : le parachutage kamikaze. Ce faisant, il a faussé la réalité du terrain, en faisant une campagne inadaptée au véritable contexte local.

Tout d’abord, en attirant la poursuite, il a braqué les projecteurs sur une Marine Le Pen qui n’en demandait pas tant. Elle peut maintenant se targuer d’être une autochtone, au contraire de Mélenchon, elle a voté sur place. Elle, qui a sillonné les rues d’Hénin-Beaumont depuis plusieurs années jusqu’à devenir une héninoise d’adoption.

À l’opposé, Mélenchon faisait figure de parachuté, et dans ses bagages a amené les caméras, micros et stylos des médias français. Ce faisant, il a pris sa part de « petite gloire » mais a associé la frontiste dans sa présence médiatique. Cette erreur est impardonnable car elle donne à Marine Le Pen une nouvelle légitimité que lui apporte son score élevé au premier tour.

En effet, il a malgré lui fait croire que la seule alternative locale était celle du FN, derrière cette sorte de Jeanne d’Arc souffrant d’un syndrome de persécution, brandissant la xénophobie et le repli identitaire en étendard. La place du candidat sortant s’est retrouvée minimisée et le partage des voix entre Mélenchon et Kemel a forgé le piédestal de la candidate du Front national. On ne peut refaire indéfiniment le monde en le parant de « si », mais qu’aurait été la somme de voix de la première arrivée si ces éléments, que sont la sur-médiatisation et la division de la gauche, ne l’avaient pas aidée.

Tout ça pour ça ?!

Prendre en otage les électeurs de la circonscription Hénin-Carvin en leur faisant vivre une sorte de rêve tourbillonnant au rythme des parutions de journaux ou de flash de télévision pour en arriver à ce constat de double échec : ne pas aller au deuxième tour et avoir fait, malgré soi, le jeu de Marine Le Pen.

Pas de place à l’assemblée, plus de leadership du Front de gauche, un goût amer dans la bouche parce que perdre n’est jamais facile, surtout si on vient en conquérant : le bilan est terrifiant pour un tribun qui a animé la campagne présidentielle d’un souffle nouveau et rafraîchissant. La chute n’en est que plus dure, mais ne le plaignons pas. Il s’est fait avoir par le piège qu’il destinait, idéologiquement à Le Pen. La politique, n’en déplaise à certain, doit réserver les législatives au terrain – même si une assemblée se situe à Paris, les électeurs restent en province, ou en arrondissement.

Ce faisant, Jean-Luc Mélenchon a desservi sa conception du courage politique en la transformant en bourde de débutant, en l’éventuel acte d’une tête brûlée adolescente. Vous valez bien mieux que cela, Jean-Luc Mélenchon. Que vous a-t-il pris de vous commettre dans cet acte que j’avais déjà trouvé hasardeux sur ce site ?

Le courage politique mal placé

Le courage politique n’est pas celui qui met en valeur la prise de risque ou la capacité à se mettre en danger, ni celui qui prône l’affrontement stérile. Non, le courage politique se réclame de la défense des citoyens, ainsi que d’ambitions aussi bien localement ancrées que nationales. En n’étant nulle part, vous n’arrivez pas à défendre vos idées. Et c’est dommage, surtout que vous avez permis, par votre imprudence, à celles du FN de prendre plus d’importance encore.

Alors, s’il fallait conclure sur une note optimiste, outre le fait que François Hollande soit soulagé de ne pas vous voir arriver dans l’hémicycle, Philippe Kemel pourra enfin développer son opposition au mal frontiste dont on dira qu’il est démocratique voire représentatif. On pourra aussi lui mettre en face la place que doit prendre le Parti socialiste dans les cinq ans à venir dans cette circonscription.

Ne reste qu’à espérer que le second tour transformera le premier en feu de paille et permettra à la réalité de prendre à nouveau ses quartiers, sans les excès d’extrêmes qui ne se nourrissent que du spectacle de leurs idées. Pragmatisme et détermination sont bien suffisants pour gouverner un pays, point n’est besoin de lui adjoindre la folie des utopies.