Taxe à la solidarité spontanée

Les caisses des états sont toujours promptes à se combler pour compenser leurs dépenses sans fond. Le train d’un pays dépend de ses aspirations, de l’image qu’il veut donner au monde, de son histoire, de la place qu’il veut laisser dans l’histoire. Sur ce dernier point, nul président ne veut terminer son mandat sans voir contribué à la postérité, laissant en face de dettes toujours plus colossales, des monuments et des travaux pharaoniques. Pour assumer les factures il suffit de lever un impôt, décréter une contribution, mieux inventer une taxe.

Un bénéfice pour l’État

La dernière trouvaille géniale du gouvernement est de ponctionner le prix de vente d’une cannette de soda de 2 centimes, pour faire réfléchir les gros, les futurs diabétiques, les vendeurs de sucre et de bulles chimiques. Pour les uns, c’est faire preuve de pédagogie diététique pour les autres c’est un effet placébo dont on ne mesurera jamais les conséquences et pour les derniers, le seul bénéfice revient à l’État.

Un effet mémoire inexistant

L’impact sur l’inconscient collectif d’une telle mesure est minime, passera aux oubliettes sous peu, et n’empêchera pas les adeptes de la boisson noire en boîte rouge de se délecter de leur breuvage favori. Enfin, qui a déjà pu démontrer qu’un individu, quel qu’il soit, réussit à se projeter dans l’avenir pour deviner les retombées de ses habitudes comportementales et alimentaires. Dans ce domaine la mémoire de l’homme égale celle de son compagnon canidé, soit un peu plus d’une dizaine de secondes.

Pourquoi pas des taxes virtuelles et immatérielles ?

En termes de taxes, puisque depuis que la ponction obligatoire existe ce qui fait profit apporte son écot à la Nation, soyons plus fous que nous ne l’avons jamais été. Prenons là où personne ne s’y attend, dans des territoires de consommation inexplorés. Je propose de réfléchir à des taxes immatérielles et virtuelles, à des impôts fictifs (il existe des emplois de ce même nom), à des gabelles sur les plats sans sel. Ajoutons un exercice qui consisterait à glisser un euro dans une petite boîte pour avoir le droit de dire qu’on est mécontent, qu’on est heureux… Un petit calcul : sur deux millions de citoyens déjà rompus à cet exercice, on mettrait son obole chaque trimestre pour manifester sa joie et quotidiennement pour exprimer son ras-le-bol. 365 * 2 000 000 + 4*1 000 000 (oui, on ne montre pas si volontiers qu’on est satisfait, il faudrait donc mettre en place une brigade pour démasquer les tricheurs!) = 734 millions d’euros, et plus besoin d’antidépresseur et de psychanalyse. Trou de la sécurité sociale comblé.

Définir un autre schéma, basé sur la solidarité

La réflexion pourrait, plus sérieusement, se porter sur les cibles à atteindre, de regarder en toute objectivité là où l’argent circule, se multiplie, nous regarde de son aura insolente de réussite financière. Je ne l’ai pas inventé, la richesse se trouve essentiellement chez les riches. Si nous demandions donc aux nantis de mettre la main au portefeuille. À ce titre définissons quelques formes de richesse : la bienveillance, l’altruisme, le partage de son temps et de ses compétences. J’entendais que certaines personnes âgées ne reçoivent en moyenne que trois visites par an. La seule richesse dont elles ont besoin est celle d’une main réconfortante sur l’épaule, celle d’un regard souriant. Nous arrivons au terme de ce réquisitoire pour se rendre compte que l’argent n’est pas le seul moteur de l’échange. Une pauvre visite peut plus qu’une riche indifférence. Alors gageons que si notre société veut se parer de ses atours les plus vertueux, il lui faut commencer par se draper dans le manteau de St François d’Assise en partageant tout ce qu’il y a à partager et non pas à saisir tout ce qu’il y a à prendre. C’est à ce prix que nous atteindrons un degré de contentement élargi à une frange de la population qui attend de ses pairs le strict minimum, c’est à dire le respect de sa dignité et la reconnaissance de son existence. Le reste suivra, nous pouvons en être sûr, et nous pourrions faire un autre calcul, plus difficile dans son élaboration, mais infiniment aisé dans son total. Si chacun, ayant à sa disposition un train de vie suffisant, s’accordait à consommer un peu moins et d’en faire bénéficier quelqu’un qui en a besoin. Nous pourrions appeler cela la taxe à la solidarité spontanée.

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Philippe Szykulla