Une mendiante et son enfant : triste, révoltant et émouvant ! Et pourtant, sourire échangé…

Sous le hangar à caddies, situé sur le côté de la grande surface, une femme et son jeune enfant, probablement d’origine roumaine. Une course légère à faire, je ne prends pas de chariot. Le visage de cette malheureuse est étonnamment régulier et serein, triste sans accablement, sans comédie. Elle regarde et quémande une obole, envoyant sa fillette vers vous, avec un petit gobelet en carton. La pauvresse me dit bonjour, je lui réponds sans la regarder, et je passe mon chemin, pressé de terminer mes menues emplettes.

 

Un peu plus loin, un homme au rictus d’artiste inspiré, joue d’un petit accordéon, une ritournelle apprise par cœur, toujours la même dès qu’arrive un rare passant. Un garçonnet semble heureux de l’accompagner.

Je les ai oubliés, au chaud dans le magasin, flânant en cherchant à dépenser mon argent. Dehors il fait 7°, et la pluie fine et froide tombe par intermittence. En ressortant, au même endroit, la femme et son enfant qui malgré son âge avancé tête un sein maigre. Un regard, j’ai décidé de mettre la main à la poche. Je les ai un peu dépassé et je reviens sur mes pas. J’ai une pincée de pièces qui se montent à environ deux euros. Je m’avance vers la mendiante qui me tend son bras, en levant son front vers ma haute stature.

Je sens la douceur de la paume de sa main lorsque j’y pose furtivement les doigts pour y déposer la menue monnaie, chaude et clinquante. La femme, agenouillée sur ses bottes maculées de boue, se redresse imperceptiblement, comme pour retrouver un peu de dignité et elle me dit dans un français hésitant un banal « Merci Monsieur, merci beaucoup, c’est très gentil » qui sonne gaiment dans l’air piquant du soir qui va tomber.

Nous sommes en train de nous faire plaisir mutuellement. Elle, par sa gratitude, éveille en moi une profonde empathie, et elle accepte humblement mon argent qui la rassure un peu. Je la fixe un instant et pour répondre à son sourire, je le lui rends, sans calcul.

C’est probablement le plus beau de mes sourires, du moins celui qui me libère le mieux. Lorsque je m’éloigne, elle me fait un signe, et je lui réponds. Lorsque je monte dans ma voiture, elle me suit encore et lève sa main frêle, pour me dire au revoir, pour me remercier, pour me souhaiter une bonne fin de journée. C’est si bon de lui rendre son signe. Je démarre, sors de mon emplacement, et la vois une dernière fois. Nous nous saluons, étonnamment heureux.

Son homme s’est déplacé un peu plus loin, et en croisant sa grimace musicale je me sens terriblement ému. J’ai envie de pleurer, mes yeux sont humides. Et je me rends compte, une fois de plus, que la misère peut vous offrir parfois le plus beau de ses sourires.

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Evelina Marre