François Bayrou : le candidat Duracell (seul, mais inusable)

François Bayrou dans la course à… l’Élysée, pense-t-il tout bas. Il commence même à le clamer bien haut. Il s’inscrit dans l’espoir que la terrible méprise nationale de 2002, ayant entraîné un second tour contre nature, le serve. De cette façon, un autre larron (lui, par exemple), pourrait se glisser entre les favoris du second tour. Pour autant, les français arriveront-ils à distinguer ses motivations, son positionnement ?

En marge, mais tenace : Bayrou veut être le troisième homme

Entre Sarkozy et Hollande il y a une petite place pour un sage, un donneur de leçon qui s’extirpera de l’étripage des deux finalistes potentiels. Et Bayrou pourrait s’y glisser ! Face à la furie du chef de l’État et l’opposition forcée de Hollande, qui se doit de se distinguer, un homme comme lui peut incarner la force tranquille, ce qui nous rappelle un autre marathonien des présidentielles, Mitterrand. En effet, ce dernier a longtemps attendu la consécration du 10 mai 1981.

François Bayrou s’exprimait ce samedi à l’Assemblée Nationale : ce fut l’occasion de faire le pointage sur ses chances, et de formuler un certain nombre de reproches aux bulles politiques en place.

Bayrou juge Sarkozy sur « les échecs, les changements de cap et les insuffisances » de son quinquennat. Il y oppose, avec sagacité, une « candidature de François Hollande désormais enfermée dans des négociations de partis ».

D’un côté il fustige des manquements pour dispersion, de l’autre un manque de recentrage sur un parti. Le seul problème pour lui est que son mouvement est clairsemé et qu’il doit compter sur lui-seul ! Peut-on envisager une campagne en solo quand les deux ténors seront entourés d’un orchestre fourni, qui ira des violons sirupeux aux cuivres guerriers ?

La seule voix de Bayrou peut sembler bien faible dans un concert qui, on l’a vu sur ces cinq dernières années, ne se fait que sur une seule représentation. La diva Ségolène Royal en a été pour ses frais, et a été la première à essuyer les fausses notes de la reconnaissance populaire.

Bayrou, aussi inusable qu’un lapin Duracell, pose ses jalons

À ce titre, François Bayrou est inoxydable, toujours présent, avec discrétion mais sans baisse de régime, qui, avouons-le, n’a jamais été plein gaz, sauf si, comme lui, on considère que son score de 18,5 % en 2007 avait « été la preuve pour un grand nombre de Français qu’on pouvait y arriver ».

Il se révèle inquiet de ce qu’on puisse prétendre « régler le détail d’un changement sur le nucléaire français » sur un coin de table ou insérer dans un accord la suppression du « droit de veto de la France à l’ONU ».

Ces deux constats d’irresponsabilité le conforte dans la question qu’il se pose sur des chances supplémentaires pour 2012. Sa réponse est simple. Il tire le constat, à propos de la situation actuelle du pays, des avertissements qu’il avait adressés aux français en 2007 et assène que « c’étaient les autres qui se trompaient », ajoutant de manière plus personnelle que le mouvement centriste qu’il représente « pouvait être pleinement indépendant ».

Seul, un peu snobé, mais plein d’espoir

Bayrou sourit (jaune orangé ?) à l’idée de candidature d’autres centristes, Hervé Morin par exemple, dont il ironise la position ambiguë avec le courant du chef de l’État sortant. Ceci dit, il devrait se soucier de son passé manœuvrier, ou supposé tel. Dominique Paillé, UMP, dit en l’occurrence : « François Bayrou est centriste et les centristes sont des adeptes de l’utilité marginale la mieux rémunérée. Donc il se vendra au plus offrant » à l’inverse de ce que disait Bayrou quelques jours auparavant à l’Express : « au contraire des autres, nous ne voulons pas nous inféoder. Notre campagne appellera à un large regroupement politique, au centre de la vie politique française ».

Les doutes persistent, concernant ses possibilités à proposer et gouverner seul : car Bayrou se voyant obligé de marteler une indépendance que l’histoire lui refuse de reconnaître !

Attendons de voir si Nicolas Sarkozy et François Hollande jugeront François Bayrou suffisamment dangereux pour lui répondre, ou s’il l’ignoreront, dans leur face-à-face, pour ne pas lui faire de publicité excessive.

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Philippe Szykulla