Un ordi plutôt qu’un prof !

Nous avons tous en mémoire les reportages qui montraient l’enseignement à distance en Australie pour atteindre les élèves dans des lieux reculés. Cela faisait figure de prouesse anecdotique dont on aimait la douce connotation de grand espace. Ce n’était pas le Far West, mais en France nous venons de prendre connaissance d’une directive ministérielle à destination des recteurs qui nous arrive d’un Est très proche ! En effet, en Lorraine a été tentée une expérience d’enseignement de latin, de chinois ou d’italien à l’aide de Skype. Cela permet de garder ces enseignements dans les collèges ou les lycées et de compléter le service d’enseignants jusqu’au temps complet.

Le ministère propose d’étendre le dispositif d’ici à 2012 sur la base du volontariat des établissements privés. Cet enseignement peut permettre de «réduire le coût en emplois des disciplines à faible effectif », détaille la note.

En 1999, une poignée de lycées privés de Lorraine perd des élèves faute de possibilité d’offrir un enseignement diversifié. Sans moyens horaires capables de satisfaire les choix des élèves et de leurs familles. Loread voit le jour et l’expérimentation est reconnue par le Rectorat. Ce dispositif est, pas la suite, élargi à tous les lycées privés de l’académie de Nancy-Metz. Les enseignants reconnus et rémunérés par le Rectorat déposent leurs cours sur un site Internet que les élèves consultent accompagnés par un tuteur, dans les limites légales du temps de cours, soit 3 heures par semaine.

Il semble que le système, aux dires des chefs d’établissements, que la méthode fonctionne bien et que les élèves, en petits groupes, puissent participer plus que dans des classes de 30… les élèves et les parents apprécient et les résultats aux examens sont bons ! Après l’introduction du procédé en Haute-Normandie, en Lozère et en Franche-Comté la Bretagne y réfléchit. «Cette mesure alternative fait consensus pour certaines matières à faible effectif, mais elle ne pourrait pas être généralisée à grande échelle », dit Bruno Lamour, secrétaire général de la Fédération Enseignement Privé CFDT, premier syndicat d’enseignants de l’enseignement catholique, par contre une veille particulière sera exercée pour «que le français ou les mathématiques ne soient pas touchés ».

Au-delà de l’intérêt manifeste de l’opération, la tentation est grande de généraliser à ces matières, pourquoi pas ! Mais, connaissant la volonté de notre gouvernement de se dédouaner de la responsabilité financière de l’enseignement en transférant son administration aux collectivités locales ou aux entreprises privées, sachant que la Rectrice de Lille, en 2010, disait sans rire que la philosophie pourrait être enseignée en amphithéâtre de 120 élèves en terminale, en passant d’autres dérives inévitables, nul doute que la puce est arrivée à l’oreille de Monsieur Luc Chatel. L’école doit rester la priorité d’un pays, l’OCDE l’a souvent rappelé, pour assurer son avenir. Attention à ne pas sombrer dans une facilité immédiate qui hypothéquerait la qualité de l’éducation des jeunes français.

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Philippe Szykulla